Cie Le Carton Voyageur

Moi, Eurydice

Du 10/02/21 au 13/02/21

Orphée, ça vous rappelle quelque chose. Mais elle, mais Eurydice, mais que savez-vous d’elle ?
Avec des extraits de recueils de poèmes "Tombeau d’Orphée" de Pierre Emmanuelle et "Wilderness" de Jim Morrison

Texte : Laurent Charpentier
Mise en scène : Laurent Charpentier

LE PITCH

Des souvenirs d’abord : le jour de ses noces en livide innocence, le vin à flot coulé, le gosier d’Aristée, la course effrénée d’une cheville convoitée, l’inique sceau du sacrement reptilien et puis le carmin juste ici, dans le repli de sa jambe. Subséquemment, plus rien.

Et puis le grand voyage… Au volant de son antique berline, une blanche, avec intérieur cuir rouge, Charon le nautonier brûle les étapes et les feux rouges à la mener de l’autre côté. Marcher. Sans se retourner.

… Ensuite, c’est le grand mystère alvéolé, anamorphique et drapé de son silence atterré.

Revêtue de ses limbes antalgiques, la pauvre, l’Eurydice, Eurydice la pauvre est là, condamnée à se dessaisir de ses tissus, de sa mortelle / de sa dépouille, de son existence, à s’enivrer des vapeurs de l’Hadès émérite.  

Là, il suffit d’attendre qu’Orphée, armé de sa lyre et de ses meilleures intentions en vienne à penser qu’il l’arracherait possiblement à cette hécatombe d’une seule et même épousée.

Dévêtue dans sa gangue analgésique, la pauvre, l’Eurydice se condamne à l’itératif châtiment : sans cesse revivre les mêmes retorses questions et puis les oublier, omettre même qu’elle démémorise à l’extrême.

Mais ce serait sans compter sur les interventions divines de la maîtresse de céans. Épaule consolatrice et oreille tout ouïe, Perséphone l’humiliée s’immisce, faute le trouble et crée le doute. Eurydice n’eut-elle été qu’un trophée ? Existe-t-il une mort sans Orphée ? Reviendra-t-il, enfin ?

Que faire à l’heure de la remontée ? Se retourner ? Faire mentir les pronostics ? Partir ou rester là pour exister vraiment ? 

Orphée, ça vous rappelle quelque chose. Mais elle, mais Eurydice, mais que savez-vous d’elle ?

Il y a l’histoire telle que vous la connaissez.

Et puis il y a le récit qu’Eurydice vous livrera, pas toujours de façon tragique…